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Soixante personnes provenant des différentes parties linguistiques de la Suisse se sont rencontrées, le 14 février, dans l’esprit du mouvement des Focolari, au centre de Baar, près de Zug, pour une journée de dialogue et d’échange d’expériences. Riche journée centrée sur le partage des racines communes entre chrétiens et musulmans : la foi en l’amour de Dieu. Et sur l’aspiration à la vivre dans nos relations les uns avec les autres, dans un « dialogue de la vie ».
« Nous sommes une famille, où les différences sont des enrichissements. Nous voulons vivre cette rencontre sous le regard de Dieu, qui veut se manifester à nous », dit en introduction Luzia Wehrle, du secrétariat suisse pour dialogue interreligieux. Marianne Rentsch responsable suisse du mouvement souligne la beauté de pouvoir vivre cette journée, avec une telle diversité linguistique, culturelle et religieuse. Elle présente l’esprit de la maison « Pierre d’angle », marquée par le désir de fraternité et la conviction que chaque religion est un enrichissement, si nous sommes ouverts les uns aux autres.
Une conviction qui s’enracine dans la vie et l’œuvre de Chiara Lubich, fondatrice de ce mouvement aux larges horizons, qui a mis la fameuse « règle d’or » au cœur du dialogue interreligieux : « Même si nos religions sont différentes, disait-elle, nous avons tant en commun. La diversité nous rend curieux. La règle d’or (« Fais à l’autre ce que tu voudrais qu’il te fasse »), m’invite à estimer mon prochain. Comme les membres des autres religions découvrent la même règle dans leurs Ecritures saintes, celle-ci devient la base de la fraternité universelle ».
Un chant de pèlerinage en turc, qui chante l’amour de Dieu introduit au thème de la rencontre : Dieu-amour. Un thème qui devrait rapprocher musulmans et chrétiens, puisque les deux croient en l’amour de Dieu. « Si nous chrétiens et musulmans, nous donnons la première place à Dieu, nous sommes proches les uns des autres », ajoute M. Rentsch, en rappelant qu’un vrai dialogue met les deux parties sur un plan d’égalité. Il nécessite de faire un certain vide en soi pour accueillir l’autre. Ce qui n’exclut pas qu’il soit accompagné par le partage de nos convictions les plus profondes.
Venu du centre international des Focolari, à Rome, Paul Lemarié, responsable du dialogue entre musulmans et chrétiens au sein du mouvement des Focolari, rappelle que ce dialogue a commencé en 1966, en Algérie. Par la suite, il s’est développé en particulier avec un mouvement musulman afro-américain, dans plus de 40 villes aux USA. L’originalité de ce qui s’est passé en Algérie est un vivre ensemble, « une expérience forte à laquelle on ne s’attendait pas », ajoute-t-il. En effet, le mouvement des Focolari en Algérie est composé essentiellement, à 90%, de musulmans ! Quatre communautés existent dans les principales villes, et durant les rencontres d’été, sur les 140 personnes présentes, 120 sont musulmanes appartenant aux divers courants de l’Islam.
Le dialogue islamo-chrétien, au sein du mouvement des Focolari, est d’abord caractérisé par un partage de vie. Pour l’illustrer, P. Lemarié est venu avec un couple d’algériens musulmans, membres des Focolari. Shahrazade essaye de vivre ce style de vie depuis 20 ans. Elle a appris à surmonter l’image négative de Dieu de son enfance pour croire à l’amour de Dieu et à a réciprocité de l’amour : « En apprenant à m’abandonner à la miséricorde de Dieu, j’ai aussi dû arrêter de juger les autres. Le jugement, en effet, limite l’amour. » Pour rendre concrète sa réponse à la divine miséricorde, Shahrazade s’est engagée dans des cours d’alphabétisation pour aveugles. Elle a appris l’écriture braille et a créé une école pour aveugles à Oran : « Le plus beau a été l’unité construite, grâce à l’amour et au don de soi. Ce que nous avons le plus appris est l’humilité et que l’amour nous conduit à toujours nous améliorer, car l’amour de Dieu est sans mesure ».
Son mari, Farouk, est médecin et connaît le mouvement des Focolari depuis 40 ans. En rencontrant personnellement Chiara Lubich, il a eu la conviction que celle-ci avait reçu le charisme de faire se rencontrer des personnes de diverses religions. En participant aux rencontres, il a eu la confirmation que le rapprochement entre chrétiens et musulmans pouvait être une réalité : « En vivant ensemble, on se découvre en rencontrant l’autre pour lui-même. Nous avons maintenant des rapports de frères et sœurs en Dieu. Cette expérience m’a aidé à aller à l’essentiel, elle a purifié ma foi. La découverte de Dieu amour se manifestant à moi, n’est plus une théorie. Un Dieu proche de nous, proche de notre cœur. Le servir, c’est faire sa volonté en aimant son prochain ». Et de raconter une forte expérience de pardon vécue dans son service d’hôpital où il est médecin chef. Cela a changé l’atmosphère dans son lieu de travail.
Un dialogue qui conduit aux racines de chaque religion.
Ce dialogue permet des découvertes réciproques ; il ne nivelle pas, mais conduit à un approfondissement de la foi de chacun. P. Lemarié témoigne ainsi comment un musulman l’a aidé à retrouver le sens de l’adoration. De plus, la naissance de la communauté en Algérie rappelle les débuts des Focolari, durant la deuxième guerre mondiale, dans la ville de Trente bombardée. C’est durant la guerre civile, dans les années 90, que la communauté algérienne s’est véritablement développée. « A chaque fois, qu’on a vécu ensemble, qu’on a construit ensemble, on s’est senti frères et sœurs entre chrétiens et musulmans ».
Aux racines du mouvement des Focolari, il y a un grand nom : Dieu, qui s’est manifesté comme amour, dans les circonstances dramatiques de la guerre. Un amour qui concerne chaque personne, englobe tout, quelles que soient les circonstances heureuses ou douloureuses. Dès lors si Dieu est amour, répondre à son amour est notre part. « Aime ! L’amour est le destin de l’être humain…Dieu amour, croire à son amour en aimant. Voilà l’impératif de notre époque. Redécouvrir que Dieu est amour est la grande aventure de l’homme moderne », écrivait Chiara Lubich.
Mais on peut se demander ce qu’il y a de nouveau dans cette invitation à aimer ? Les religions n’en parlent-elles pas depuis des siècles ? Pour Shahrazade, l’essentiel est de l’apprendre concrètement dans le vivre ensemble. C’est la nouveauté : « En vivant une rencontre de vacances, nous sommes à la même enseigne. Je me souviens que je devais nettoyer, chaque jour, une salle de bains, que des jeunes barbouillaient de noir. Je le faisais en essayant de les aimer ». Et Farouk : « Quand nous mettons l’amour réciproque en premier, je découvre que Dieu est toujours plus grand. Il nous donne des relations nouvelles entre chrétiens et musulmans. Que fais-je de ce don ? Est-ce que je l’accueille et le cultive comme une plante à faire grandir ? » (1159 mots)
Martin Hoegger.
